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Pourquoi la musique contemporaine ne demande pas une seconde écoute mais une fraise

En musique classique, on ne dit pas. Je n'ai rien compris à cette création contemporaine. On dit. Il me faudrait une seconde écoute. C'est la phrase officielle des sorts de création contemporaine. Vous l'avez peut-être déjà prononcé, moi aussi. Elle est très pratique. Parce qu'elle ne dit pas que l'œuvre est mauvaise. Elle ne dit pas non plus qu'elle est bonne. Elle dit simplement que le problème, c'est le temps. On promet une seconde écoute, alors que Petit secret, elle n'aura jamais lieu. Pourtant, j'aime la musique contemporaine. J'en joue. J'en ai même créé. En 2019, Philippe Boucement, ça écrit pour moi un concerto pour piano. Ça s'appelle « Fin de nuit ». Sur le papier, c'est exactement le genre de titre qui inquiète. On imagine quelque chose de compliqué, d'abstrait, et probablement conçu pour nous faire sentir un peu bête. Et puis un jour, Philippe m'a expliqué que ce qu'il avait en tête. Une sieste, une vraie. La sienne dans un hôtel d'exemprovence, un après-midi. Le soleil qui tape dans la chambre. Le moment où l'on se réveille sans savoir tout à fait quel heure il est. Et un goût de fraise dans la bouche. Parce qu'on en a mangé juste avant de s'endormir. Dans le livret du disque, Philippe citait le philosophe Alain. Comme les fraises ont le goût de fraise, la vie a le goût du bonheur. Voilà, c'était ça l'œuvre. Pas un manifeste, pas une théorie, pas une déconstruction du langage tonal. Non, une sieste du soleil, une fraise. Et à partir de ce jour-là, je n'ai plus jamais entendu cette musique de la même façon. Il ne m'avait pas fallu une seconde écoute, il m'avait fallu une fraise. C'était peut-être ça le malentendu avec la musique contemporaine. On croit qu'il faut la comprendre alors qu'il faut simplement la ressentir. Alors non moins musique classique, on ne dit pas... Je n'ai rien compris à cette création contemporaine. On dit. Il me faudrait une seconde écoute. Alors que parfois, ce qui nous manque, ce n'est pas une seconde écoute. C'est la fraise.