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Un artiste partage son parcours de 63 disques et explique comment l'intimité et la fatigue permettent de révéler les moments les plus sincères lors de l'enregistrement

C'est dire ordonner au public, de ne pas oublier certains compositeurs, mais c'est aussi ma propre mémoire. Mais est-ce que chaque disque n'est pas la mémoire, les souvenirs, le parcours de l'interprète ? J'ai toujours l'impression d'enregistrer le même disque. J'en suis à 63 disques, même, de commencer tôt. Et beaucoup sont passés totalement inaperçus quand j'étais jeune, mais j'en ai enregistré beaucoup, voilà. Mais j'ai l'impression que c'est le même, le même disque. Même si je passe de Mozart à Chopin, Rameau, François Couprin. Mais j'ai l'impression que je ronge mon os. J'avance comme ça de disque en disque. On ne sait pas vraiment où on va quand on est un artiste. On avance jour en jour, en l'occurrence de disque en disque. J'enregistre pas tous les jours, mais un ou deux parents. Et puis en essayant d'être le plus honnête possible avec l'auditeur, de lui chuchoter ce qu'on a de plus intime. Mais pour ça, ça sort vraiment. C'est magique d'ailleurs l'enregistrement, parce que c'est intime là, avec un grand i-capital. Il ne sort pratiquement que dans des moments d'extrême fatigue. Pas les 7 heures du soir, on enregistrait toute la journée. Puis tout d'un coup, il y a, je me dis, oh ben allez, Olivier Rosset, mon directeur artistique. Je lui dis, bah allez, je vais reprendre cette pièce, mais je suis crevé. Je commence les premières mesures. Et je me rends compte que c'est une prise pas mal du tout. Alors je vais continuer, et finalement je vais enregistrer toute la pièce. Alors que je n'y croyais pas. Vous voyez, c'est des choses qui sortent de nous sans qu'on le veuille vraiment.