La précarité étudiante est-elle devenue une norme structurelle ou reste-t-elle une situation exceptionnelle
Est-ce qu'on peut parler encore de situations exceptionnelles, selon vous, ou est-ce qu'on est rentrés dans une crise complètement structurelle, comme finalement, quelque part, avec chose naturelle, une composante de la vie étudiante ? Je pense que c'est plus exceptionnel. Aujourd'hui, c'est plus exceptionnel. Je pense qu'on peut dire que ça touche trop d'étudiants. On a quasiment un étudiant sur cinq, et ça, je crois que c'est les chiffres de France Université, Thomas pourra confirmer, mais un étudiant sur cinq qui est en situation de précarité, on a à peu près la moitié des étudiants qui sautent des repas pour des raisons économiques, en fait. Donc non, c'est plus exceptionnel, et malheureusement, ça fait parfois partie de la vie courante d'un étudiant de devoir faire le choix entre payer son loyer et finir la fin du mois de manière correcte, en fait. Quand je prends ce ton là, quand je dis naturel, etc., il y a un côté évidemment cynique, comme si c'était admis, comme si on ne se préoccupait plus, finalement, de ce sujet chez les étudiants. Est-ce que c'est votre sentiment ? Je parle pas de vous, évidemment, je parle plus de l'État. Pour rebondir sur ce que disait Mathias, effectivement, on est entre un quart et un tiers des étudiants qui sont en situation de précarité. Oui, un quart et un tiers de 3 millions, ça fait quand même beaucoup. Un chiffre qui est plutôt stable depuis quelques années, très clairement. Alors, est-ce qu'on ne s'en préoccupe plus ? Je pense que si, collectivement, il y a une préoccupation, maintenant, est-ce que les réponses apportées sont à la hauteur de l'enjeu ? Je pense qu'on peut faire beaucoup mieux sur ces sujets-là. Bon, mais il faut voir, ensuite, nous avons des échanges qui approchent. Peut-être que nous aurons l'occasion de pouvoir réussir à avoir des actions transformantes pour que nos étudiants puissent, et qu'on n'est plus, rentrer, qui s'enchaînent avec toujours les mêmes sujets à l'ouverture d'égité, dans la presse des étudiants qui ont du mal à se loger, que l'on retrouve endormis dans un restaurant universitaire ou dans leur voiture. Non, pas que je vais défendre mes confrères, mais on le fait ici aussi. C'est aussi de mettre, effectivement, un œil sur ce qui se passe et la réalité, parce que je pense que beaucoup de Français ne savent pas cette réalité. Et c'est pour ça que je vous pose la question, c'est aussi de la faute du ministère. Vraiment, est-ce qu'on s'est préoccupé de la situation au point de mettre une loupe, réellement, sur la santé de nos étudiants, qui, du coup, la plus longtemps, le plus souvent, on va en parler, préfère travailler que pour suivre leurs études. Sur la question de la précarité, effectivement, il y a la précarité alimentaire, il y a la santé, etc., on pourra certainement y revenir. Il y avait eu des annonces qui ont été faites en 2022-2023 par la ministre de l'Enseignement supérieur de l'époque, que nous avions largement soutenu, qui appelait à une réforme du système d'aide sociale des étudiants, qui était plus que bienvenue. Bon, le fait est qu'on est pour l'instant au milieu du gai, il manque une partie de cette réforme pour qu'elle soit de pleine effet. Et le constat est assez terrible. On a le taux de boursier le plus bas depuis 2012. Il est un peu en dessous 36 %, et alors qu'on a, dans le même temps, gagné 26 %, l'augmentation des effectifs étudiants, c'est 26 %.