Vivre dans l'urgence et la fuite : comprendre pourquoi on court pour ne pas s'arrêter
Est-ce qu'on profite vraiment de la vie ? Ou est-ce qu'on court assez vite pour qu'elle ne nous rattrape pas ? Je crois qu'on est nombreux à être dans les deux cas, moi la première. J'ai l'impression que cette urgence a toujours été là depuis ma naissance. 38 ans que je cours, que je travaille dans l'urgence, que je vis dans l'urgence, que je suis même en retard dans l'urgence. Ce qui vous l'admettrait demande une organisation assez remarquable. Je me souviens très bien de mes premiers boulots sur les chantiers avec mon père. Et je peux revoir exactement la dernière tournée de festival que j'ai faite cet été. Entre les deux, quelques kilomètres, beaucoup de musique est toujours cette impression qu'il faut partir. Aller loin. Ne pas rester immobile assez longtemps pour que certaines choses nous rattrapent. On connaît tous cette tentation. Changer de ville, remplir son agenda, recommencer ailleurs. Comme si la distance pouvait aussi nous éloigner de nous-mêmes. J'ai grandi avec l'idée qu'on pouvait disparaître sans quitter la pièce. J'étais trop petit pour mettre un mot sur ce que je ressentais, alors ma mère en mettait autour de moi. Elle faisait tout pour que la vie continue, pour que le monde conserve une forme normale, même lorsqu'il ne l'était pas vraiment. Quand on est enfant, on ne choisit pas vraiment ces mécanismes de défense. On trouve simplement une manière de continuer. La mienne, c'était avancer les yeux fermés. Et cette façon de vivre m'a sauvé. Vraiment. Avec le temps, on transforme comme on peut le besoin de partir en voyage. L'agitation en travail et surtout, surtout, le bruit en musique. Cette huit lame a conduit jusqu'ici, ce mercredi matin, avec vous, où je mesure la chance d'avoir cette tribune pour partager mes mots. Mais ce qui nous sauve laisse parfois quelques traces. Les miennes ne sont pas des retards, je suis même plutôt très à l'heure, m'envisse et plus subtile. J'éprouve une vraie jubilation à commencer trop tard pour devoir finir juste à temps. Il y en a qui respire mieux quand ils ont le temps, moi je respire mieux quand je n'en ai plus. J'ai l'impression qu'il y a une espèce de fantasme autour de ceux qui vivent intensivement. On imagine qu'ils n'ont peur de rien. Je crois que c'est exactement l'inverse. Ils ont simplement compris très tôt que s'ils s'arrêtaient, ils risquaient de sentir quelque chose qu'ils ne savaient pas encore nommer. Alors on remplit ses journées, ses nuits, ses valises, et on appelle ça profiter. Mais parfois c'est vrai. Parce qu'à force d'avancer, ils pourraient échapper à quelque chose, on finit aussi par découvrir ce qui nous attend. Si ça se trouve, vivre, c'est pas arrêter de fuir. C'est enfin choisir ce vers quoi on court. Ce matin, PLK rencontre Olsik. Bonjour c'est Moziman et je produis le track de vos rêves, sur France Inter. Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org